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Au théâtre le plus beau c’est le début, quand on réfléchit et on dessine des choses qu’on sait impossibles

Gabriela Evstatieva / Personnalités

— Gabriela Evstatieva discute avec les scénographes Iva Gikova et Ivaylo Nikolov

Gabriela Evstatieva. Le scénographe est un peintre particulier. Comment expliqueriez-vous votre profession à quelqu’un qui ne travaille pas au théâtre ?

Ivaylo Nikolov. En réalité, on nous confond souvent avec des sténographes – c’est une profession peu connue. Quand je rentre dans ma ville natale, Montana, je dois souvent expliquer à mes parents et à mes amis ce que le scénographe fait véritablement. Je résume souvent en disant que c’est la personne qui fait les costumes et le décor pour un spectacle. En effet, le travail précédent la rencontre des spectateurs avec le spectacle est beaucoup plus complexe et dynamique. Le scénographe est un peintre qui, tout en travaillant avec le metteur en scène sur un texte ou une dramaturgie, crée l’aspect visuel du spectacle.

Gabriela Evstatieva. Quand est-ce que la magie opère-t-elle lieu ?

Iva Gikova. Tout le processus, du premier dessin à la construction finale et les costumes, est une magie. Nous avons travaillé avec des metteurs en scène qui avaient un regard très particulier et une imagination fertile, et qui pouvaient imaginer le projet en détails même sur une feuille en papier ou sur un modèle réduit. Quand je visualise tout dans ma tête, je m’attends à ce que mon interlocuteur l’imagine aussi, mais cela n’arrive pas et c’est normal. Il y avait des cas où même la maquette n’a pas aidé le metteur en scène à comprendre ce que j’envisageais et je devais alors travailler de manière extrêmement détaillée sur les costumes, et surtout sur les marionnettes du spectacle. En fait, c’est le plus intéressant pour moi – partir du dessin et de l’esquisse pour finir par voir la scénographie et les costumes prêts. J’aime beaucoup dessiner les esquisses des costumes. Je les utilise ensuite en travaillant avec la couturière. Le travail comparatif sur les esquisses et le costume achevé est le moment le plus plaisant pour moi. Un moment tout aussi beau est le processus de fabrication.

Ivaylo Nikolov. Dans mon travail, le dessin vient à une étape ultérieure. Mais chaque scénographe procède différemment. Pour ma part, je commence toujours par le texte. Les premières visions du metteur en scène n’ont souvent rien de concret, c’est tout simplement une direction dans laquelle il imagine que les choses peuvent se dérouler. Cependant, tout commence avec le texte. D’abord viennent les idées. Certaines sont rejetées, d’autres doivent être affinées. Des choses qui pourraient se passer ou non en fonction des circonstances. Nous sommes conscients que le théâtre d’aujourd’hui est en premier lieu une machine pragmatique, et chaque spectacle a son but concret, en particulier le théâtre de marionnettes. Cette première étape est la plus créative – il n’y a aucune restriction par rapport aux réflexions sur un texte donné. On peut esquisser toutes les idées et c’est la plus fructueuse rencontre entre le scénographe et le metteur en scène. À ce moment il n’y a pas de but, ni de tâche concrètes qui encadrent l’imagination créative. Le premier et le deuxième dessin sont mes favoris. Viennent ensuite le troisième, le cinquième ou tout un tas de dessins qui ne représenteraient peut-être rien d’utile, mais le processus est complètement artistique et plein d’imagination créative. Quand nous arrivons à une décision commune avec le metteur en scène, c’est un autre mécanisme et une autre machine qui doivent se mette en route. À ce point, le travail se déplace à l’atelier ou sur scène avec les ouvriers scéniques, les choses deviennent plus physiques et se situent dans d’autres paramètres, liées aux délais et aux finances. Voilà pourquoi, en réalité, cette première étape du dessin est la plus libre pour le scénographe.

Gabriela Evstatieva. Êtes-vous présents lors des premières répétitions à table ?

Iva Gikova. Oui, nous sommes présents au moins au début des lectures. Elles nous aident beaucoup à avoir une notion de l’aspect de la marionnette elle-même, quels mouvements et quelles fonctions aura-t-elle.

Ivaylo Nikolov. Oui, c’est la première étape de l’acquisition d’une certaine forme. C’est plutôt un jeu de la pensée, et c’est la raison pour laquelle les choses ne paraissent pas exactement telles qu’on les imagine – pour un mal ou pour un bien.

Gabriela Evstatieva. Souvenez-vous du jour où vous avez décidé de devenir scénographes ?

Iva Gikova. J’étais tout d’abord admise à l’Académie nationale des arts à Sofia, à la formation en céramique. Il s’est avéré que cela ne me plaisait pas et je n’allais presque pas en cours. En revanche, j’avais beaucoup d’amies du lycée qui faisaient des études en Scénographie pour théâtre dramatique à la même académie. Elles allaient à des endroits très intéressants dans les théâtres – sous la scène, dans les loges des comédiens, dans les coulisses … et je leur demandais de m’y emmener. Un jour, nous sommes allées au Théâtre national et nous avons fait le tour de celui-ci. À ce moment-là je suis tombée amoureuse du théâtre. C’était de la magie pure que ressentent uniquement les gens qui font du théâtre. Ils sont les seuls capables d’expliquer ce sentiment.

Une autre raison de choisir la scénographie de marionnettes en particulier, était le conseil d’une de mes professeures de lycée qui m’avait parlé de la formation relativement nouvelle de la Scénographie pour théâtre de marionnettes à l’Académie Nationale d’Art Théâtral et Cinématographique à Sofia. C’est elle qui m’a dit que je devais me présenter au concours d’entrée. J’ai décidé de m’y inscrire et j’ai rencontré Ivo. En effet, cette professeure du lycée, Katya Foteva, avait l’habileté de dénicher les talents des gens et de les diriger. Et nous lui en sommes très reconnaissants.

Ivaylo Nikolov. Oui. En effet, nous sommes issus de deux promotions successives d’un même lycée, où l’on apprend les beaux-arts, la gravure, la sculpture et la céramique. C’était une décision complètement inconsciente pour ma part. Une des raisons pour lesquelles je me suis présenté au concours d’entrée à l’Académie Nationale d’Art Théâtral et Cinématographique à Sofia était le fait que je ne voulais pas travailler dans le domaine des beaux-arts, ce qui était une décision très bohème et spontanée. Je suis allé aux consultations chez la professeur Maya Petrova en été, et me suis présenté ensuite au concours d’entrée. Je garde une histoire précieuse de ce moment-là. J’arrive à la quatrième étape des examens, au moment de l’entretien avec la commission. Le professeur Slavcho Malenov me pose la même question Pourquoi veux-tu faire des études en scénographie ? J’ai répondu que je n’en avais aucune idée, que j’avais pris cette décision au dernier moment, et puis il m’a répondu : Moi aussi, je ne me rappelle pas bien pourquoi j’ai décidé de faire de théâtre de marionnettes. (il rit) Parfois c’est comme ça … on ne connaît pas les raisons pour lesquelles on s’aventure dans une profession.

Et encore une sensation et une expérience qui ont été essentielles pour moi – le jour où la professeur Petrova nous a emmenés au café du Théâtre de marionnettes de Sofia. J’étais envahi par cette émotion et ce sentiment de faire partie d’une équipe et d’une communauté, toute cette fumée de cigarette et cette atmosphère artistique … j’ai alors compris qu’est-ce que la magie de cette profession. Tant pis si ça sonne comme un cliché. Elle a su nous montrer cette manière théâtrale de penser et de vivre qu’on n’enseigne pas en cours.

Gabriela Evstatieva. Vous faites des études de Scénographie pour théâtre de marionnettes à l’Académie Nationale d’Art Théâtral et Cinématographique à Sofia, mais vos débuts sont au théâtre dramatique. Est-ce votre premier spectacle professionnel ?

Ivaylo Nikolov. Ce n’est pas tout à fait exact. Notre premier spectacle professionnel est Qui ne travaille pas, ne doit pas manger qui continue à être joué au Théâtre de marionnettes à Stara Zagora. Ce spectacle est sorti en mai 2011, juste après avoir terminé nos études. C’était notre début professionnel. Nous avons ensuite travaillé avec la metteur en scène Elitsa Petkova sur son spectacle de fin d’études Un conte de fées blanc. Seulement après vint Élévation, ce qui était un hasard absolu.

Iva Gikova. Oui. Grâce au professeur Maya Petrova qui nous avait demandé de laisser nos projets de fin d’études dans le hall du deuxième étage de l’Académie. Nous n’avions pas une envie folle de le faire puisque nous pensions que personne ne les regarderait. Quelques jours plus tard, le maître de conférences Mariya Dimanova nous a téléphoné et nous a dit qu’on devait parler, car Ivan Dobchev voulait travailler avec nous. J’étais sous le choc. Elle a ajouté qu’il avait vu nos projets de fin d’études.

Ivaylo Nikolov. Tout le processus était un choc. Tout à coup ton deuxième spectacle est un spectacle sur grande scène, avec plus de cinq comédiens. Peut-être que c’était pour un bien. Finalement, nous avons pu voir beaucoup de problèmes. En même temps nous avons énormément appris en très peu de temps.

Gabriela Evstatieva. Pensez-vous que des frontières réelles et visibles existent dans l’art ? Et divisez-vous le théâtre en théâtre dramatique et théâtre de marionnettes, ou bien ce sont des notions du siècle dernier ?

Ivaylo Nikolov. Oui, ce sont certainement des choses différentes. Il y a plusieurs approches et méthodes possibles, valables pour le théâtre dramatique, mais non pas pour le théâtre de marionnettes et vice versa. Par un concours de circonstances, nous devions travailler avec la classe de professeur Dobchev juste après avoir fini de travailler sur Élévation. Ils travaillaient alors sur leur spectacle de fin d’études – La Cerisaie de Tchekhov. Mais le spectacle a été transféré à la professeur Margarita Mladenova. C’est alors que nous avons fait sa connaissance et nous avons commencé notre collaboration, mais oui, les approches sont différentes.

Iva Gikova. L’essentiel à mes yeux est que nos décisions scénographiques sont plus conceptuelles et minimalistes. Ce n’est pas le théâtre de marionnettes typique avec lequel nous avons grandi et qui décrit un dessin. Nous essayons de rester concentrés sur l’idée qui offre une conception plus approfondie, et nous tentons à travers l’insinuation d’influencer le spectateur. En ce sens, je pense qu’on doit procéder de la même manière aussi bien dans le travail au théâtre dramatique qu’au théâtre de marionnettes, mis à part bien entendu qu’il faut prendre en compte la spécificité de la marionnette.

Ivaylo Nikolov. Il est vrai que le théâtre dramatique a influencé mes décisions globales au théâtre de marionnettes, en particulier pour les spectacles que nous avons fait avec Elitsa Petkova. Les décors et les décisions scénographiques dans ces spectacles-là ne sont pas propres au théâtre de marionnettes, c’est-à-dire qu’ils ne desservent pas une fonction donnée de la marionnette. Il est essentiel à mes yeux que la scénographie ait une image et qu’elle ne soit pas illustrative et littérale, mais qu’elle porte le sens que le metteur en scène veut y investir. Cela existe dans le théâtre dramatique. Nos spectacles sont privés d’une certaine volubilité qui est propre à la génération précédente, ce qui libère d’autres procédés par lesquels l’action peut s’exprimer.

Gabriela Evstatieva. Qu’avez-vous appris des différents projets sur lesquels vous aviez travaillé avec la professeur Margarita Mladenova au cours des années ?

Ivaylo Nikolov. C’est un sujet très vaste. Travailler avec elle est une académie en soi. Plusieurs éléments de son travail sont très fortement exprimées. Le processus de répétition et l’habileté du metteur en scène à mener les acteurs, les services, l’assistant du metteur en scène, et puis les autres groupes scéniques – tous dans une direction, afin que le vrai processus commence en sont le premier. Le sentiment qu’on doit être tous ensemble dans notre travail est également très fort. Elle conçoit le théâtre comme une étude de l’homme. Le sens des grands textes est de poser des questions telles que : Qu’est-ce que l’Homme ? Qu’est-ce qu’il pourrait être ? De quoi est-il capable ? Ce sont des sujets que nous sommes peu habitués à regarder au théâtre, et quand cela se réalise pleinement, on décolle et on sent l’énergie dans l’air.

Iva Gikova. Au cours d’un spectacle, je ne me rappelle plus lequel, j’étais dans les coulisses, juste à côté de la scène, alors que la professeur Mladenova parlait aux comédiens. Elle leur a alors dit que le plus important, et qui les aiderait toujours, c’était la concentration. Si vous voulez que quelque chose se passe, il suffit de se concentrer. Je me le suis répété plusieurs fois par la suite, à diverses occasions, et cela a toujours été vrai.

Gabriela Evstatieva. Arrivez-vous à obtenir de l’équilibre dans les décisions lors de votre travail avec des metteurs en scène différents ?

Iva Gikova. Il est parfois très difficile d’arriver aux mêmes décisions avec le metteur en scène. Il est cependant primordial que personne ne se sente insatisfait ou froissé. Arriver à une bonne entente est un exercice difficile. Prenons pour exemple notre travail avec Elitsa Petkova. Il y a eu une certaine symbiose. Elle est une personne très ouverte, toujours à l’écoute, elle réfléchit sur ce que l’on s’est dit, et puis nous reparlons ou nous prenons une certaine décision. Je ne peux pas définir ce lien, mais il marche d’une manière très créative. Le processus de travail avec d’autres metteurs en scène a aussi été très léger et fructueux mais c’est vraiment difficile d’obtenir de l’équilibre, en particulier après l’intervention des autres services quand le processus devient trop dépendant.

Ivaylo Nikolov. Ce pragmatisme existe, il inclut plusieurs exigences et des questions auxquelles il faut répondre : Quel est le but du spectacle ? Où doit-on jouer le spectacle ? Comment et où le spectacle doit-il voyager ? Toutes ces questions sont liées à un tas de restrictions, on commence alors à penser aux dimensions du décor, comment le rendre mobile, quels matériaux utiliser et combien ils coûteraient. Il y a beaucoup de circonstances qui sont normales, naturellement – le théâtre est un art vivant et exige des ressources matérielles, auxquelles il est impératif de réfléchir. Vous comprenez maintenant pourquoi la première partie est la meilleure, c’est la partie où l’on pense aux choses qu’on sait impossibles, mais cela procure du plaisir. On imagine une main qui lève l’objet de deux tonnes et le fait tourner, et pleins de choses comme ça. (il rit)

Gabriela Evstatieva. Le travail avec Elitsa Petkova vous a rendu un des plus beaux tandems dans le théâtre de marionnettes. Vous avez même obtenu le prix Icare 2017 pour Benjamin au pays des menteurs. Parlez-nous du processus du travail avec elle et comment vous complétez-vous ? À quoi est due cette harmonie dans vos recherches et décisions créatives ?

Iva Gikova. Les professeurs de l’Académie nous ont réunis.

Ivaylo Nikolov. Ils nous ont réunis littéralement. C’est une de ces magies qui se passent. Des équipes théâtrales qui travaillent ensemble des années plus tard, et ce n’est pas dû au hasard. C’est une compatibilité entre les gens qui se passe sans une argumentation concrète. Nous sommes amis, nous ne nous asseyons pas avec l’idée de créer. La création fait partie de nos promenades, nous buvons de la bière, nous débattons. Elitsa est une personne très calme, elle peut avoir ses orages intérieurs mais ne s’est jamais permise de les montrer pendant les répétitions. Elle réussit à former une équipe dans laquelle les acteurs ne sont pas des ennemis, au contraire – ce sont des personnes qui partagent les mêmes idées. Elle est préparée et sait ce qu’elle veut. Elle fait ses propres versions dramaturgiques des textes et c’est ainsi que la plupart des choses s’éclaircissent, ce qui aide énormément le processus de répétition. La mise en scène est un travail très complexe. Nous, en tant que scénographes, ne travaillons que jusqu’à un moment donné. C’est le metteur en scène qui prend alors le relais et se charge du reste. Le choix des textes est un travail collectif que nous faisons tous ensemble en amont, ce qui nous rend plus préparés et nous permet d’avoir suffisamment de temps et de liberté pour travailler. Nous sommes unis et cela aide beaucoup notre travail. Je souhaite également mentionner le compositeur Plamen Petkov qui est la quatrième personne dans notre équipe. Nous pouvons parler longuement de notre travail avec Elitsa, mais le plus précieux ce sont les relations pures qui sont restés immuables pendant tout ce temps. Malgré les difficultés – techniques ou administratives, elle n’a jamais cédé à la tension, contrairement à nous.

Iva Gikova. Ivaylo et moi, nous avons toujours des conflits. Nous sommes rarement d’accord, mais c’est normal. En plus, nous vivons ensemble, peut-être que cette tension vient de là …

Ivaylo Nikolov. C’est comme ça, nous sommes ainsi. Le scénographe est placé des deux côtés des choses. Un jour il est avec le metteur en scène et les comédiens, l’autre – il est avec les services techniques et dans les ateliers. Nous participons à deux parties radicalement opposées d’un même processus.

Gabriela Evstatieva. Avez-vous toujours la liberté de disposer de suffisamment de temps pendant les répétitions ?

Ivaylo Nikolov. Même si nous le voulons, nous n’avons pas toujours suffisamment de temps. Pourtant, nous savons que la plénitude s’atteint lorsque toute l’équipe est entièrement consacrée au travail. C’était le cas avant les changements – les équipes étaient ensemble tout le temps, elles vivaient ensemble pendant une période donnée, comme une communauté. Et cela me manque, cette sensation que j’ai mentionnée auparavant, l’atmosphère dans le café du Théâtre de marionnettes de Sofia. Nous sommes ensemble dans ce processus. Nous faisons un spectacle, nous en profitons, en plus la vie alimente le théâtre, n’est-ce pas ? Malheureusement, nous ne sommes plus focalisés sur une seule chose, il arrive des fois que nous travaillons sur trois ou quatre spectacles en même temps, ce qui nous limite.

Gabriela Evstatieva. Qu’en pensez-vous des nouvelles technologies, utilisées de plus en plus sur scène ? Aident-elles ou rendent-elles le travail compliqué lorsqu’on parle d’espace scénique ?

Ivaylo Nikolov. Elles présentent un intérêt au niveau de l’approche et de la vision, mais méritent une étude approfondie car les effets impressionnants peuvent vite s’épuiser. Nous avons toujours tenté d’utiliser les animations et le mapping comme un moyen d’expression secondaire. Néanmoins, je ne sais pas dans quelle mesure les dernières nouveautés pourraient être appliquées à notre travail. Il faut trouver de l’équilibre quand on utilise ce type de technologies.

Gabriela Evstatieva. Où voyez-vous la scénographie de marionnettes dans cinq ans, et êtes-vous optimistes en ce qui concerne son développement, son existence ?

Ivaylo Nikolov. J’ai l’impression que le théâtre bulgare manque cruellement de direction, c’est-à-dire qu’il y a trop de répertoire et beaucoup de spectacles qui se différencient en matière de thèmes et de procédés. Je note également un énorme trou générationnel au théâtre de marionnettes, en particulier. Sans être négatif, je pense qu’il n’y a pas assez de metteurs en scène et de scénographes pour former la jeune génération du théâtre de marionnettes bulgare. Cela doit être une communauté qui se met à fonctionner telle une machine et produit des spectacles comme ont fait dans les années 1990 Aleksandar Morfov et Tedi Moskov. On a besoin d’un milieu compétitif. Or, nous constatons un terrible manque de metteurs en scène. Et pour couronner le tout, notre formation ne figure plus comme telle. Concrètement, cela signifie qu’il n’y aura plus de scénographes professionnels pour le théâtre de marionnettes. C’est pour moi un grand problème. Toutefois, je ne sais pas si ce problème n’est pas au niveau de la société parce que chacun parcourt son petit chemin étroit. Cela mène à ce pragmatisme que j’ai déjà mentionné. Malheureusement, quand il est présent, les choses que nous faisons naissent un peu mortes. Bien sûr, quelques exemples surgissent, comme Veselka Kuncheva et Marieta Golomehova, Veselin Boydev. La concurrence et l’opportunité d’apprendre les uns des autres me manquent terriblement.

Gabriela Evstatieva. Quel est le texte que vous rêvez de voir sur scène ?

Ivaylo Nikolov. Après Don Quichotte qui était mon dernier travail au théâtre à Pazardzhik, je ne sais pas si j’ai eu un rêve plus fou … à cette étape, je ne pourrais pas te le dire.

Iva Gikova. Je souhaiterais revenir à mon travail de fin d’études qui portrait sur La Métamorphose de Kafka, un jour … quelque part. Ensemble, bien sûr.

 

13.10.2020